Un rêve vient traverser la fin de ce livre ; variante d’un précédent rêve fait à l’âge de seize ans, puis de nouveau lorsque j’effectuais une psychanalyse didactique, il y a plus de quinze ans maintenant. Il fait allusion aux dernières paroles significatives que mon père m’a dites. En voici les éléments essentiels.
Mon compagnon m’offre des roses couleur lavande, on peut les confondre avec la couleur violette pâle. Elles sont entrouvertes. En réalité, je m’aperçois que je traverse un champ de fleurs et qu’elles m’arrivent toutes, invariablement, à hauteur d’épaules, comme si elles étaient des sœurs, comme si elles m’épaulaient, m’accompagnaient. Plus j’avance, plus leur nombre grandit. Le fait tout en marchant de découvrir toujours autant de fleurs m’excite au plus haut point. J’ai peine à le croire. La joie ressentie et l’émotion deviennent si fortes que je me réveille, le cœur palpitant. Je ne me sens plus de joie !
Ce rêve est le pur reflet de l’énigme de ma vie. C’est la toute première fois que je me réveille de joie, le cœur palpitant. Ivre de beauté. Bonheur impalpable. Habituellement, c’est le cauchemar qui nous réveille. La réalité en paraît affadie, au point de me pousser à chercher de nouveau ce trésor de beauté et de métaphores. Où qu’il soit.
La rose est sans pourquoi.
Extrait de: ENTREZ. MAIS ENTREZ DONC! Une fille et son père. Anne-Marie Primeau